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Exploitation aurifère et sécurité alimentaire dans le Nord du Poro en Côte d’Ivoire : Une analyse géographique de l’accessibilité et de la disponibilité alimentaire en contexte minier

Résumé

L’ouverture d’une mine industrielle à Tongon, au Nord de la Côte d’Ivoire, en 2011 et la montée en puissance de l’orpaillage artisanal ont été perçues comme des opportunités économiques pour la région, à travers les emplois et la circulation monétaire associée. Toutefois, ces activités ont affecté l’économie locale, historiquement basée sur l’agriculture, soulevant ainsi des interrogations quant à leur effet sur la sécurité alimentaire des populations. Une approche méthodologique mixte a été adoptée pour éclairer ces interrogations. Des entretiens semi-directifs et focus-groups ont été menés dans sept localités auprès d’autorités locales, d’agriculteurs, d’artisans aurifères, de commerçants et des administrations en charge des mines et de l’agriculture pour comprendre les dynamiques locales de l’exploitation aurifère et ses externalités socio-économiques. En parallèle, 392 chefs de ménage ont été interrogés à travers un questionnaire pour évaluer leur situation alimentaire. Enfin, des analyses par télédétection ont permis d’examiner les changements d’occupation des sols afin de mesurer les effets de l’activité minière sur les terres cultivables. Les résultats montrent que l’exploitation aurifère, bien qu’elle crée des opportunités économiques, a des effets ambivalents sur la sécurité alimentaire. L’exploitation industrielle, structurée et légale, produit des bénéfices collectifs jugés modestes et fournit des emplois qui ne satisfont pas les attentes des populations. En revanche, l’orpaillage artisanal, malgré son caractère illégal, procure des revenus directs substantiels, qui bénéficient particulièrement aux propriétaires fonciers. L’exploitation aurifère artisanale et industrielle stimule aussi l’économie locale à travers le développement de nouvelles activités comme le commerce, la restauration, l’immobilier ou les services, qui distribuent des revenus à ceux qui les pratiquent. Ainsi, une très grande proportion des ménages interrogés, soit 88%, déclarent une sécurité alimentaire satisfaisante, même si près de la moitié ont une alimentation peu diversifiée, ce qui reflète des difficultés d’accès à des aliments variés. Cependant, l’exploitation de l’or attire une part importante de la main-d'œuvre agricole et accentue la pression sur les ressources foncières à l’échelle locale. De plus, elle entraîne une inflation alimentaire, sous l’effet de l’augmentation des revenus et de la population à travers la migration vers les localités minières. Cette inflation réduit l’accessibilité économique à l’alimentation pour les ménages non impliqués dans l’activité aurifère, aggravant les inégalités alimentaires. De plus, les marchés alimentaires tendent à se concentrer dans les localités aurifères, laissant les autres zones en marge de cette dynamique économique. Enfin, ces inégalités sont exacerbées par la crise sécuritaire dans les pays sahéliens voisins, qui intensifie les migrations vers M’bengué et alimente la pression sur les ressources locales.

Citer ce document

Sorho, F. D. (2026). Exploitation aurifère et sécurité alimentaire dans le Nord du Poro en Côte d’Ivoire : Une analyse géographique de l’accessibilité et de la disponibilité alimentaire en contexte minier [Thèse de doctorat]. https://sphaero.academy/publication/4b6e5b7a-5321-49a7-a50d-fb1ee623a4d6/

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